La naissance d'une devise née du sacrifice
Il y a des phrases si courtes qu'on pourrait presque les oublier — et pourtant, elles portent en elles le poids d'une histoire entière. « Par le peuple et pour le peuple » en fait partie. Cinq mots, gravés dans la Constitution algérienne, qui résument à eux seuls des décennies de lutte pour qu'un peuple redevienne enfin maître de son propre destin.
Une devise née dans le sillage de l'indépendance
Pour comprendre cette devise, il faut remonter à sa première apparition officielle. Dans la Constitution algérienne du 10 septembre 1963 — la toute première de l'Algérie indépendante — l'article 3 proclame : « Sa devise est : Révolution par le peuple et pour le peuple. »
Ce choix de mots n'est pas anodin. Il intervient à peine un an après une guerre d'indépendance longue et douloureuse, menée sous l'égide du Front de Libération Nationale et de l'Armée de Libération Nationale — un conflit resté dans l'histoire comme l'une des grandes épopées de libération du XXe siècle. Dans ce contexte, affirmer que la nation nouvelle se construirait « par » et « pour » son peuple, ce n'était pas une simple formule administrative : c'était une promesse, adressée directement à celles et ceux qui venaient de payer cette liberté au prix fort.
Le peuple, sujet et bénéficiaire de sa propre histoire
Ce qui rend cette devise si puissante, c'est sa construction même. « Par le peuple » : c'est reconnaître que la souveraineté ne vient d'aucune autorité extérieure, d'aucun pouvoir colonial, mais du peuple algérien lui-même — de ses luttes, de ses résistances, de sa persévérance à travers les siècles. « Pour le peuple » : c'est l'engagement que cette souveraineté nouvellement acquise ne servirait pas une élite, mais bien celles et ceux qui l'ont arrachée.
Cette idée que le pouvoir doit venir du peuple et lui être consacré n'est pas propre à l'Algérie — on la retrouve dans d'autres grandes ruptures historiques à travers le monde, chaque fois qu'un peuple a revendiqué le droit de décider de son propre destin. Mais en Algérie, elle prend un sens particulier : elle se donne un sens par les sacrifices de millions de Chouhadas, ces martyrs tombés pour que cette souveraineté devienne réalité.
Une formule qui traverse les Constitutions
Au fil des révisions constitutionnelles successives, la formule évolue légèrement dans sa formulation — passant de « Révolution par le peuple et pour le peuple » à sa forme actuelle, plus sobre : « Par le peuple et pour le peuple ». Mais l'esprit reste inchangé. La Constitution de 2020 le formule ainsi : « L'État puise sa raison d'être et sa légitimité dans la volonté du peuple [...] L'État est au service exclusif du peuple. »
Cette devise rejoint aujourd'hui les autres grands symboles nationaux — le drapeau, l'hymne Kassaman, l'emblème — comme l'un des piliers de l'identité algérienne, gravé dans les textes fondateurs de la nation.
Ce qu'elle nous rappelle aujourd'hui
Au-delà des textes de loi, cette devise porte une leçon simple et universelle : une nation véritablement libre est celle qui appartient à son peuple, et qui existe pour lui. Elle nous rappelle que la souveraineté n'est jamais un cadeau — elle se conquiert, se protège, et surtout, se doit à celles et ceux qui l'ont rendue possible.
Cinq mots, pour résumer tout un peuple et toute une histoire.
Une devise à porter fièrement, comme on porte une mémoire.
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